Killer

Le jeu dont vous êtes... la victime !

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Sur un campus

Guerre des gangs

Je vais lui faire une ordonnance, et une sévère… Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon Puzzle. Moi, quand on m’en fait trop je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile ! (Les Tontons flingueurs, Michel Audiard, 1963)

Daniel, vieux routard du killer killer Jeu de rôle grandeur-​​nature qui consiste pour les joueurs à s’entre-tuer « pour de faux » avec des armes fac­tices, géné­ra­lement jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un qui est déclaré gagnant. , m’a écrit pour nous faire partager son expérience :

Je suis tombé par hasard sur ton site. Je ne sais pas si tu le tiens toujours à jour

(et comment !)

mais voici une ou deux armes que j’ai vues utilisées dans une guerre des gangs :

- meurtre par informatique. Affichage d’un message à l’écran « vous êtes mort ». (un mail ne suffit pas)
- porte piégée. Coincer la poignée de porte depuis l’extérieur. La victime déclenche le dispositif en forçant dessus pour sortir (les joueurs avertis font venir un tiers pour désamorcer depuis l’extérieur...)
- la dague. Une feuille de papier A4 roulée dans le sens de la hauteur. On ne peut rêver plus simple.

De façon générale, j’aimais bien avoir pour chaque arme une protection, afin qu’il n’y ait pas d’arme absolue. Pour les pistolets, on avait des gilets pare eau (anorak, imper) qui faisaient très cool au mois de juin.

Ah oui, je devrais commencer par le début. À l’époque où j’étais étudiant, la tradition était au killer killer Jeu de rôle grandeur-​​nature qui consiste pour les joueurs à s’entre-tuer « pour de faux » avec des armes fac­tices, géné­ra­lement jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un qui est déclaré gagnant. « guerre des gangs » sur mon campus.

Le jeu durait quatre ou cinq jours sans interruption.

Chaque gang devait avoir au moins six membres, dont un parrain.

But du jeu : tuer les parrains adverses.

Mais chaque gang avait aussi un traître travaillant pour un autre parrain. (il y avait là-dessous une structure type cercle de la mort, mais entre gangs).

Nous étions dans une école d’ingénieurs de la banlieue sud. À peu pres mille deux cents élèves résidaient sur place. Nous (le club jeux de plateaux) voulions monter une guerre des gangs pour sortir du petit groupe d’accrocs. Chaque gang devant réunir au minimum six membres, nous espérions qu’une active campagne de recrutement de la part des joueurs les plus chevronnés donnerait une grande partie. Et histoire d’avoir toutes les chances de notre cote, nous avons fait autant de pub que possible (clip pour la télé interne, articles dans l’hebdo d’information, et recouvrir la résidence d’affiches promotionnelles). Le résultat fut au-delà de nos espérances, avec plus de deux cents joueurs.

Les règles, pour être simples, avaient tendance à grossir d’année en année. Mais en voici l’essentiel :

- le jeu durait quatre jours sans interruption. De dimanche minuit à jeudi minuit.
- deux arbitres disponibles a tout moment pour comptabiliser les morts et régler les problèmes.
- les zones hors jeu etaient clairement définies pour éviter tout débordement. En particulier, nous n’avions pas ose inclure les salles de cours, ni la salle info. Ni les chambres des arbitres (pas envie d’une bataille de pistolets à eau dans ma piaule, moi). C’est que les enfants de la crise sont autrement moins déconneurs que leurs aînés des années soixante-dix.
- dans le même esprit, nous tenions à homologuer toutes les armes. Sans brider l’imagination des joueurs, nous demandions à voir (ou a être informés) chacun de leurs jouets. Il fallait donc, pour enregistrer un nouveau pistolet de plage géant, parvenir jusqu’à ma chambre, ce qui bien sûr, pouvait être semé d’embûches.
- Dans chaque gang, un parrain, seul maître du budget, seul apte à recruter, et pouvant tuer n’importe quel membre de son gang par caprice (le cas s’avérait toutefois rare). Le parrain mort, un autre membre du gang prenait sa place, choisi arbitrairement par les arbitres.
- Dans chaque gang, un traître, travaillant pour un gang adverse. Trouver de bons traîtres était relativement difficile. On s’est fait intoxiquer par moments (faux traîtres).
- But du jeu : tuer les parrains/marraines adverses. Le gang connaît, par l’intermédiaire du traître, un nom et cherche à l’exécuter, sur le principe du cercle de la mort.
- Et puis, une règle de légitime défense : on peut tuer quiconque porte une arme visible. Que la victime ait quand même une chance de réagir. Conséquence directe : longs impers se baladant le bras fourré sous le corps, en espérant que le pistolet à eau ne fuit pas trop.
- Enfin, on avait rajouté de l’argent, pour acheter les armes (i.e. pour éviter trop d’armes) et pour faire ce que chacun jugeait bon. En particulier acheter de précieux « permis de tuer » pour enfin pouvoir se débarrasser des non-parrains. Bien sûr, il y eut presque tout de suite des faux billets...

Bon, et quel résultat alors ?

Des parties qui ont réuni bien au-delà du cercle de joueurs habituels. J’ai été surpris par l’affluence. La publicité avait été diablement efficace... Et j’ai été encore plus surpris de voir combien les joueurs « amateurs » prenaient leur rôle à coeur. Les habitues du JdR avaient du recul tandis que les novices, à fond dedans, élaboraient des tactiques évoluées d’approches du resto U ou développaient l’espionnage de leurs voisins. Une saine ambiance de paranoïa tomba sur le campus le premier soir. Tout le monde enfermé dans sa chambre, fourbissant ses armes et craignant l’agression. Les systèmes d’alarme étaient en place, les procédures de sécurité rodées...

Les arbitres, par contre, ne dormirent pas beaucoup. Le téléphone sonnait sans interruption, pour annoncer des décès, corriger (ou diffuser ?) des rumeurs, faire le point sur les règles, ou simplement vérifier que nous étions bien dans notre chambre pour venir faire une transaction.

Les combats brefs mais efficaces donnèrent un taux de mortalité élevé, même si en réalité la chasse aux parrains s’avérait plus difficile que prévu. Entre ceux qui s’enfermaient quatre jours dans leur chambre en se faisant livrer des pizzas ou les petits malins qui n’avaient pas mis au courant les membres du gang (et donc le traître) de l’identité exacte du parrain, pas évident d’approcher sa cible. Alors les permis de tuer se vendaient comme des petits pains.

Et puis il y avait les « wanted ». Encore plus efficace pour se débarrasser d’un joueur, payer pour le faire déclarer « wanted », c’est-à-dire abattable à vue par quiconque. La mésaventure m’était arrivée en tant que joueur : les assassins désœuvrés faisaient le guet entre ma chambre et les toilettes, je ne pouvais plus respirer. J’ai senti ce qu’est être traqué, et j’ai compris que la mort peut être une libération.

Le jeu s’est un peu épuisé sur les deux derniers jours, montrant que la durée choisie etait juste bonne.

Au final, environ deux tiers de morts. Beaucoup d’intox pour tout le monde. Des faux arbitres, de la fausse monnaie, un ou deux assassinats acrobatiques, mon ordinateur cracké par le club info pour récupérer les données confidentielles, les magasins de jouets à dix kilomètres dévalisés par les futurs ingénieurs, et dans l’ensemble des joueurs heureux.

Des regrets ? Peu en réalité.

Sinon, j’avais aussi organise une traque, sur le modèle des normaliens. Notre problème etait d’être en banlieue et de gérer une traque sur Paris (car Paris la nuit, je connais, on ne risque rien, tandis que Chatenay Malabry, je ne maîtrise pas). On avait profité d’un « semaine européenne » pour mettre main basse sur un standard téléphonique nous permettant de gérer vingt à trente groupes lâchés dans la capitale, chacun commençant le jeu a une station de métro différente. Règles simplissimes : dans chaque groupe, un gars porte une casquette aux couleurs de l’école. L’arracher est l’éliminer [1]. Téléphoner toutes les quinze minutes aux arbitres pour savoir où s’est déplacée la cible. Au standard, avec un plan de Paris géant et des petits drapeaux, on s’est bien amusés. Par contre, les gars qui se couraient derrière dans la ville ont été un peu frustrés. On les avait trop dispersés pour qu’il y ait plus de trois ou quatre meurtres.

Daniel

Merci, Daniel !

Notes

[1] note de Fred : j’ai fait ça chez Supelec avec des ballons de baudruche gonflés à l’hélium et attachés à la ceinture avec une ficelle. Le ballon est sensé représenter la force vitale. On l’éclate avec la main uniquement, bien sûr

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